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11.02.2008
Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes
Je ne regrette pas le passé, c’est le présent que je trouve regrettable, qui n’aura été que le misérable antécédent des jours synthétiques où nous serons bientôt pour n’en plus sortir.
Ce n’est pas la nouveauté qui nous désenchante, c’est au contraire le règne fastidieux de l’innovation, de la confusion incessamment renouvelée, c’est ce kaléidoscope tournant d’instantanéités universelles qui nous fait vivre sans perspectives de temps ou d’espace comme dans les rêves ; c’est l’autoritarisme du changement qui s’étonne de nous voir encore attachés à la nouveauté qu’il recommandait hier, quand il en a une autre à nous imposer et qu’il empile à la va-vite ses progrès techniques les uns sur les autres sans faire attention que nous sommes là-dessous.
De ces marchandises, il n’est pas entendu qu’elles puissent vieillir, ce qui marque la camelote ; elles doivent être neuves puis disparaître sous peine de se métamorphoser en encombrants et ridicules détritus. Tout doit être si bien récent et provisoire qu’on ne puisse concevoir un après, à ce qui est ainsi dépourvu de maintenant. Ce sont dans ce chaos les objets inexplicablement épargnés, les fermes attachements, tel usage ou manière tout simplement laissés à eux-mêmes et vivants, des répits imprévus, le coassement des grenouilles, qui font figure insolite de nouveauté.
Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes, Editions de l’Encyclopédie des nuisances, Tome premier, Paris, 1996
13:40 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, europe, tradition, modernité, philosophie, sociologie, temps modernes






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