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28.02.2008

Derrière ta porte ### Réinformation, communautarisme et nouvelles technologies : l'experience de fdesouche.com

26.02.2008

Poète à la barre

Drapé dans sa robe de chambre chinoise, Gabriele était vautré sur l'ottomane, fumant paisiblement sa première Abdullah de la journée. Comme tous les matins, je pénétrai dans son bureau les bras chargés de journaux, de lettres et de télégrammes. Les enveloppes jaunes étaient gonflées, défigurées par un déluge de coups de tampon, comme si les Postes royales se vengeaient ainsi d'avoir à subir un tel affront : devoir remettre son courrier à cet homme qui, là-bas, à Fiume, bafouait l'étoile, emblème de l'Italie, et la troupe ausonienne. Mais il était également possible, pourquoi pas, qu'un employé du bureau de poste d'Abbazia ou un surnuméraire professant en secret la foi anarchiste ait pris plaisir à piétiner de la sorte la figure de Victor-Emmanuel : même si, pour le moment - mais patience ! -, ce n'était qu'en effigie. Égayé par cette pensée, le Commandant me rendit toute la brassée après y avoir à peine jeté un coup d'oeil. « Regarde toi-même. Quoi de neuf dans les journaux ? »

Je les feuilletai rapidement : Il Corriere, La Stampa, Avanti !, Il Popolo d'Italia... Les occupations d'usine se poursuivaient, dans l'indignation générale ou presque. À en croire certains éditoriaux, Lénine était sur le point de débarquer en train blindé à la gare Termini et de donner l'assaut au Quirinal. Mon oeil fut attiré par un entrefilet du Corriere : j'étais devenu expert à repérer au vol les articles où apparaissait le mot « Fiume ».

« D'après le Corriere, Lénine suit avec intérêt l'évolution de la situation à Fiume, où il prévoit que des soviets pourraient rapidement se former. »

Cette nouvelle le fit éclater de rire.
« Je sais ! Je sais ! Tout cela parce que nous sommes le seul État qui ait reconnu son gouvernement ! Je parie qu'il va bientôt nous dépêcher un nouvel ambassadeur, comme celui de l'an dernier... Tu te souviens ? » Il imita sa voix. « Il grroyait me drromper, mais il n'a pas réussi ! »

Le Parlement lui-même s'était inquiété des risques d'insurrection soviétiste à Fiume. En réponse à une question, le ministre Giolitti avait assuré que le gouvernement ne tolérerait pas que la situation évolue à Fiume dans une direction révolutionnaire.

« C'est curieux, observai-je, ils refusent l'annexion, mais prétendent quand même décider de ce que nous devons faire ou ne pas faire.»

Gabriele haussa les épaules.
« Que veux-tu que je te dise ? L'Italie est un pays d'histrions. À la fin, c'est nous qui serons forcés de nous les annexer. Peut-être, dans ce cas de figure, les Anglais et les Américains ne trouveraient-ils plus rien à redire.»

Alessandro Barbero, Poète à la barre, Editions du Rocher, Paris 2007 

25.02.2008

Extension du domaine de la lutte

La difficulté, c’est qu’il ne suffit pas de vivre exactement selon la règle. En effet, vous parvenez (parfois de justesse, d’extrême justesse, mais dans l’ensemble vous y parvenez) à vivre selon la règle. Vos feuilles d’imposition sont à jour. Vos factures, payées à la bonne date. Vous ne vous déplacez jamais sans carte d’identité (et la petite pochette spéciale pour la carte bleue !...)

Pourtant, vous n’avez pas d’amis.

La règle est complexe, multiforme. En dehors des heures de travail il y a les achats qu’il faut bien effectuer, les distributeurs automatiques où il faut bien retirer de l’argent (et où, si souvent, vous devez attendre). Surtout, il y a les différents règlements que vous devez faire parvenir aux organismes qui gèrent les différents aspects de votre vie. Par-dessus le marché, vous pouvez tomber malade, ce qui entraîne des frais, et de nouvelles formalités.

Cependant, il reste du temps libre. Que faire ? Comment l’employer ? Se consacrer au service d’autrui ? Mais au fond, autrui ne vous intéresse guère. Ecouter des disques ? C’était une solution, mais au fil des ans, vous devez convenir que la musique vous émeut de moins en moins.

Le bricolage, pris dans son sens le plus étendu, peut vous offrir une voie. Mais rien en vérité ne peut empêcher le retour de plus en plus fréquent de ces moments où votre absolue solitude, la sensation de l’universelle vacuité, le pressentiment que votre existence se rapproche d’un désastre douloureux et définitif se conjuguent pour vous plonger dans un état de réelle souffrance.

Et, cependant, vous n’avez toujours pas envie de mourir.

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, J’ai lu, janvier 2004

22.02.2008

Ecrits de Paris

L'un des plus grands crimes qui aient été commis contre le peuple, ce fut de l'abandonner à son goût propre, qui est exécrable. Jadis la beauté ne fut honorée qu'au prix d'une dure discipline, imposée par le petit nombre au grand nombre, et dont celui-ci, devenu maître de ses plaisirs et de ses préférences, s'est débarrassé avec soulagement. (...)

Il y a quelque chose de pire que la plèbe qui se sait plèbe, à savoir la plèbe qui se croit élite, parce qu'elle a des connaissances ou des moyens. Les parvenus de la science ou de la technique rejoignent, à cet égard, les parvenus de l'industrie et du commerce. On rencontre même une plèbe titrée, qui se constitue par les voies de l'atrophie ou de la dégénérescence; sans compter les faux nobles, qui pullulent. Mais rien n'égale le caractère plébéien des milliardaires, attendu qu'un des principaux traits de ce caractère est le mauvais usage des biens matériels. Sur ce point, les pauvres sont retenus par les nécessités élémentaires; manger, boire et dormir quand on a faim, soif ou sommeil, cela n'a rien de vulgaire. Les riches n'ont pas de nécessités; ils sont libres de se délecter des plaisirs bas que les pauvres doivent se borner à désirer, et ils se rejoignent dans cette ignominie.

Robert Poulet, Écrits de Paris, n° 248, mai 1966

21.02.2008

Végétale ambroisie

Un soir, l'âme du vin chantait dans les bouteilles :
"Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !
 
Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,
 
Car j'éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d'un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.
 
Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l'espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;
 
J'allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L'huile qui raffermit les muscles des lutteurs.
 
En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l'éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur !"

Charles Baudelaire, Le Vin, CIV, Les Fleurs du Mal, 1857

Zentropa Vidéos ## Opus 1

20.02.2008

Idrovolante

Solidarité Kosovo

Serbie

Monastères détruits, tombes profanées, populations déplacées, villages brûlés, enfants assassinés…
Si le Kosovo ne fait plus « la Une » de l’actualité française depuis plusieurs années, il n’en demeure pas moins que le pays est toujours ravagé par les affres de la guerre. La pauvreté au quotidien a remplacé les déplacements massifs de populations, et les attentats réguliers se sont substitués à la guerre ouverte.

J'accuse

BHL

J'accuse la bourgeoisie de bêtise et de lâcheté, maintenant qu'il s'agit de pallier les conséquences de cet échec. Je l'accuse en outre de s'esquiver sur le coup, cédant la place à une classe différente, camouflée sous les oripeaux bourgeois - l'horrible catégorie des technocrates et des gens d'affaire - et de donner aussi naissance à ce fléau : l'intellectuel de gauche.

Robert Poulet, J'accuse la bourgeoisie, Copernic, 1978

Le trèfle

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