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12.03.2008
La vie sur Terre, extrait (suite)

Et maintenant que les satellites des firmes géantes assurent en continu la transmission des données qui sont l’influx nerveux coordonnant le métabolisme économique planétaire et assurant la maintenance des fonctions vitales de la société organisée, l’humanité se trouve là-dessous comme ces accidentés que des perfusions, des stimulateurs et des ventilations maintiennent en vie sans qu’ils sachent pourquoi, ou même sans qu’ils le sachent ; baignés alors, au dire des rescapés, de visions merveilleuses. Ou plutôt serait-ce à la manière d’un grillage entourant la vie terrestre en orbite basse et nous serions à l’intérieur comme ces animaux sauvages hébergés dans un parc animalier avec leur repas distribués à heure fixe ; à tourner en rond, allant et venant, malheureux et contrariés de leur état, mais confusément, ne comprenant pas ce qui les travaille ; pour avoir vu ces documentaires en noir et blanc sur les zoos où leurs parents étaient logés dans des cages étroites et puantes, et puisqu’ils sont nés ici, qu’ils n’ont rien connu d’autre et que la jungle d’où leurs ancêtres furent tirés de toute façon n’existe plus ; et qui, s’étonnant de ne pas s’éprouver heureux d’une vie si ménagée, et mettant leur malaise sur le compte d’une erreur névrotique, voudraient s’en réformer en lisant des magazines de psychologie, en s’inscrivant aux thérapies de groupe qu’on leur propose, en essayant le travail sur soi de la pensée positive.
Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes, Editions de l’Encyclopédie des nuisances, Tome second, Paris, 1999
13:44 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : urbanisme, urbanisation, hlm, logements sociaux, banlieues, villes, prolétariat






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