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02.05.2008
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Paraboles et fariboles

L'Institut Berger ne vit plus, tout le monde le sait, que de la grippe annuelle, et il ne tarderait pas à tomber dans la non-rentabilité, c'est-à-dire dans le néant, s'il ne sortait régulièrement, au début de chaque automne, et son virus inédit, et son vaccin approprié.
Le Docteur Kurt Mehbonn se tirait à merveille de ce petit travail. C'est ainsi qu'il fut successivement l'auteur de trois grippes historiques : la grippe vietnamienne de 1977-1978, la grippe cambodgienne de 1978-1979 et la grippe corrézienne de 1979-1980. Cette dernière, mise en circulation après son départ de l'Institut, sans précautions suffisantes, et après des essais incomplets, coûta malheureusement la vie à trois millions de nos compatriotes. Mais je ne pense pas qu'il faille accuser le Docteur lui-même.
Pourquoi ce départ précipité ? C'est qu'en septembre 1979 notre homme avait été brutalement vidé à la suite d'un article publié sous son nom dans une revue professionnelle : La Seringue des Hauts-de-Seine. Le titre, déjà dangereux, en était : Pigmentation comparée de différentes populations humaines. Il osait y écrire ceci :
Statistiquement parlant et compte tenu d'un certain nombre de cas d'espèce intermédiaires toujours possibles, il me paraît légitime de soutenir que les individus de race dite noire présentent, dans leur majorité du moins, une pigmentation de peau notablement plus accusée que la plupart des individus de race dite blanche.
De telles insinuations ne pouvaient évidemment rester sans réponse. Elles furent vertement relevées dans l'organe officiel de l'A.C.T.R.A.E.U.S. (Association Contre Tous les Racismes A l'Exception d'Un Seul), et reproduites, les jours suivants, dans toute la presse parisienne, avec les commentaires qu'on devine.
C'est ainsi qu'en automne 1979 le Docteur Kurt Mehbonn abandonna Paris, où il n'avait plus le moindre espoir de soigner ne fût-ce qu'un rhume des foins, et s'en vint habiter dans notre bonne ville.
Pierre Gripari, Paraboles et fariboles, L'Age d'Homme, 1981
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